Le Fond de Calevoet (Put van Calevoet)

A l’extrémité d’Uccle, ce lieu-dit touche aux communes de Drogenbos, Beersel et Linkebeek.

Que l’on vienne de Linkebeek (par la rue de la Brasserie), d’Alsemberg (par la chaussée du même nom), de Beersel (par la Steenweg op Ukkel) ou d’Uccle (par la rue de Linkebeek ou par la chaussée d’Alsemberg), la pente est sensible. Seule la route vers Drogenbos (par la Grote Baan – Grand’Route) présente une déclivité quasi-nulle. Cette impression d’entonnoir naturel a donné son nom au lieu-dit « Fond » ou « Put » en néerlandais, qui couvre en réalité une partie du territoire des quatre communes suivantes : Linkebeek, Beersel, Drogenbos et Uccle.

Et que signifie Calevoet ?  Au 13ème siècle, on lit « Calenvort », puis « Calefort » ou « Calevoort ». Après le 18ème siècle, le « r » disparaît. « Cale » peut désigner une digue ou un endroit dénudé. « Voort » peut signifier un gué.

Aujourd’hui, le ruisseau Linkebeek, à ciel ouvert depuis le quartier du Verrewinkel, y traverse toujours la chaussée d’Alsemberg à hauteur du café « Aux Trois Pigeons », le long de la rue de Linkebeek. Puis, il bifurque vers la droite avant de s’engoufrer dans un égout sous la route vers Drogenbos. En face, le magasin Delhaize et son parking bordent la chaussée du côté de Beersel. Sur Linkebeek, on trouve quelques commerces, une agence bancaire, le début de la rue de la Brasserie, puis le restaurant « La Laiterie ».

Mais au 17ème siècle, le paysage était évidemment bien différent. Point de grande chaussée. Pour aller à Uccle, il fallait emprunter le petit chemin qui traverse maintenant l’entreprise « Les Jeunes Jardiniers », puis longe le mur de « La Roseraie » près du Domaine privé « Steenvelt », pour rejoindre la rue Zandbeek.

La rue de Linkebeek est bien présente; c’est une des plus anciennes artères uccloises. Elle conduit en serpentant jusque Linkebeek (la « Linckenbeekschenwech »). Très vite à droite, on découvre un moulin présent depuis le 15ème siècle déjà.

En face, de l’autre côté de la rue vers Uccle, c’est une imposante chapelle qui attire l’attention.

La commune d’Uccle s’étend à cette époque plus loin qu’aujourd’hui, jusqu’à environ les terrains de l’actuelle rue de la Brasserie (la limite entre Uccle et Linkebeek change régulièrement pour se fixer plus tard le long du ruisseau Linkebeek).

Carte de 1796
Carte de 1796

En 1729, venant de Saint-Gilles, la chaussée vers Alsemberg vient d’être construite. Elle arrive au Put de Calevoet grâce au remblai du gué du ruisseau Linkebeek surmonté dorénavant d’un pont. Le niveau originel se situe donc deux mètres plus bas qu’aujourd’hui. En 1740, la chaussée poursuit sa route jusqu’à Alsemberg. Le pont sur le ruisseau était à barrière et péage au profit de la commune de Linkebeek. Uccle installa juste de l’autre côté du pont une seconde barrière à péage.

Au début du 19ème siècle, le péage ne semble pas encore avoir disparu des pratiques. Lors de ventes notariales organisées sur place en 1822, puis en 1833, 1834 et 1835, il est fait mention de l’auberge L’Evêque (puis L’Ancien Evêque), « étant la maison du receveur des droits de barrière, à Calevoet, sous Beersel, sur la chaussée de Bruxelles à Alsembergh ». La grande chapelle de Calevoet est en ruine et en cours de démontage. En face, à front de chaussée sur le territoire de Beersel, les activités vont battre leur plein. La Brasserie de la Fontaine devient la Brasserie Van Haelen qui ne cessera de se développer et de s’agrandir. Ses spécialités de lambic, faro, gueuze et kriek font la réputation de Calevoet bien au delà du Brabant. Une extension est construite tout près, rue de la Brasserie à Linkebeek. L’eau du ruisseau Linkebeek est déviée et largement utilisée à la brasserie. Celle-ci, bien que située entièrement sur les communes de Beersel et Linkebeek, annonce toujours dans ses publicités sa situation à Uccle-Calevoet !

Autre carte
Autre carte

Le début du 20ème siècle marque l’âge d’or de la brasserie. Son propriétaire, François Van Haelen, est connu sous le surnom de Susse, de Leugeneer. C’est aussi un collectionneur de tableaux. Il ouvre même une « galerie d’art de Calevoet » dans la brasserie et y attire des peintres renommés: James Ensor, Khnopff, Théo Van Rysselberghe, Louis Thévenet, Rik Wouters,… François Van Haelen décède en 1939 à 69 ans.

Au début des années 60, le ruisseau Linkebeek est rebouché après la Grote Baan. Le parapet du pont est encore visible aujourd’hui, ainsi que le muret de pierres fixant son cours dans un jardin privé. Le petit chemin qui allait de la brasserie vers la Grote Baan de Drogenbos est élargi et devient la Courte rue de Linkebeek. C’est sous son bitume que les eaux du Linkebeek rejoignent un égout vers la Senne.

Dans les années 70, la brasserie Van Haelen est démolie. Le nom d’un arrêt de bus De Lijn en garde le souvenir vers Beersel. Elle fera place au grand magasin Delhaize que nous connaissons.

En 1980, l’annexe de la brasserie située rue de la Brasserie à Linkebeek est à son tour démolie. Il en reste quelques morceaux de murs le long du trottoir. A côté de « La Laiterie », une maison est aussi détruite, l’entrée de cette rue étant quelque peu élargie.

Au début des années 90, c’est la première maison de la rue de Linkebeek, face au café « Aux Trois Pigeons » qui disparaît à son tour.

En 1998, la Région bruxelloise décide de prolonger la ligne de tram 55 de l’avenue du Silence jusqu’au Fond de Calevoet. En 2003, des rails sont enfin placés. Mais le nouveau terminus provisoire (car il est question de prolonger la ligne vers Alsemberg) près de la petite chapelle pose problème. Le lieu est trop humide. Un terminus plus léger est dessiné. Le nouveau tram 51 devrait s’y arrêter fin 2008.